Press publicationsParu dans: Regards sur L IE
Auteur: Thibault du MANOIR de JUAYE
Un des derniers actes de Nicolas SARKOZY avant de quitter le ministère des finances a été de désigner un responsable de l'intelligence économique à Bercy qui devrait créer un service d'une quinzaine de membres.
C'est à l'évidence une forte personnalité qui a été choisi : François ASSELINEAU.
Le coté fort en thème de François ASSELINEAU se retrouve tant dans son parcours que dans ses propos. Diplômé d'HEC, il décide après son VSNA au Japon d'entrer à L'ENA d'où il sort second en 1983, ce qui lui permet de choisir la prestigieuse inspection des finances.
Il a une réelle fascination pour l'histoire et l’étymologie et comme tout passionné, il devient passionnant. Il raconte ainsi :
"Pour comprendre les autres pays, il faut analyser leur langue". Mais qu'entendre par « comprendre » ?
En français, comprendre vient de « cum prehendere », c'est à dire prendre avec soi. François ASSELINEAU en déduit notre approche narcissique du monde, brillante et généreuse, mais souvent naïve et superficielle, tant nous sommes convaincus que les étrangers raisonnent comme les Français.
En Anglais le mot « understand » signifie se tenir en dessous, ce qui expliquerait la finesse et la subtilité de nos voisins britanniques, mais aussi leur goût du sous-entendu, voire de la dissimulation. Perfide Albion.
En allemand, le « verstehen » signifie « se tenir bien droit » ce qui serait une traduction, à la fois de la rigueur et de la fiabilité que l'on prête à nos voisins d'Outre-Rhin, mais aussi de leur tendance à la lourdeur et à l'immobilisme.
En japonais, le mot « wakarimasu » s’écrit à partir du kanji qui représente une épée coupant un morceau de bois ; au Japon, « comprendre », c'est ainsi « couper en morceaux », d'où la capacité des Japonais à analyser et disséquer, mais leur difficulté devant l’abstraction."
Son coté iconoclaste apparaît dès que l'on évoque l'Europe.
Sa principale qualité, d'après lui, c'est d’oser parler avec franchise, à l'opposé souvent du vent dominant des opinions affichées par les uns et les autres. On sent un certain plaisir chez lui à prendre son interlocuteur à rebrousse-poil, et à s'opposer au politiquement correct.
François ASSELINEAU proclame ainsi avec vigueur son hostilité à l’Europe fédérale, en dénonçant la manœuvre constante d’intimidation de la pensée unique qui veille à présenter cette opinion comme ringarde, sans jamais tolérer la moindre discussion de fond.
« En dépit de la désinformation ambiante, le problème n’est pas chez moi mais chez les partisans du fédéralisme car toutes leurs prédictions sont démenties par les faits » : affirme-t-il. « L’euro devait nous apporter plus de croissance et plus d’emploi. Mais, au bout de 5 ans, la zone euro est devenue la lanterne rouge de l’économie mondiale. Nous sommes les dindons de la farce car la monnaie unique sert de variable mondiale d’ajustement aux déficits géants américains, qui explosent, eux, tous les critères de Maastricht ! Mieux encore, la Suède, qui a refusé d’entrer dans l’euro l’année dernière, ne cesse de réviser son taux de croissance à la hausse, alors même que ses prélèvements obligatoires sont les plus élevés du monde. Elle va terminer l’année avec un taux de croissance de 3,8%. Alors ? »
Quelle est la mission exacte de François ASSELINEAU ?
C'est une mission en quatre points, définie dans sa mission du 12 Octobre 2004 :
- Aider le gouvernement dans ses choix stratégiques en matière économique, commerciale et industrielle ;
- Mettre sur pied une veille concurrentielle sur les nations ;
- Anticiper les événements ou évolutions contraires aux intérêts économiques de la France en examinant les décisions qui ne prisent pas les organisations internationales ou les entreprises étrangères nuiraient à la France ;
- Développer les outils permettant aux entreprises de bénéficier des analyses de son service.
Que va-t-il faire pour les entreprises ?
« Je suis un homme concret et je n'ai pas l'intention de limiter mon action à des débats académiques. Je compte donc bien agir concrètement en faveur des entreprises. Mais, avec une structure d'une quinzaine de personnes je ne vais pas pouvoir aider individuellement chacune des 2.500.000 entreprises françaises ! Mon premier rôle va être d’aider l’Etat à mieux percevoir les menaces qui pèsent sur nos intérêts économiques et industriels et à mieux y répondre. Par exemple contre la montée en puissance insidieuse des normes et du droit anglo-saxon, contre le pillage de notre patrimoine industriel et scientifique, ou contre les menaces pesant sur nos approvisionnements en matières premières minérales. Nous allons examiner à la loupe les stratégies des principales nations du monde, mais aussi celles de chaque commissaire européen ».
Sa carrière le prédestine en effet à une telle mission avec de nombreux postes tournés vers l'international. Pour l'analyse pays, il est vrai que la nomination de François ASSELINEAU vient compléter un dispositif étatique encore embryonnaire.
Comment l’irriter ? En lui demandant, comment vont s'articuler ses relations avec Alain Juillet ?
La raison de cet énervement, c'est l'article paru dans Intelligence on line où il était expliqué que sa nomination n'avait été faite que pour contrebalancer celle d'Alain Juillet, étiqueté chiraquien pur jus. François ASSELINEAU se défend bien entendu d'être un pion sur un échiquier politique même s'il vient du vivier Pasqua où Sarkozy a abondamment puisé. Il a même été directeur de cabinet de Charles Pasqua au Conseil général des Hauts-de-Seine et est élu Conseiller de Paris depuis mars 2001, lorsqu’il conduisit la liste Tibéri dans le 19ème arrondissement.
"Le rôle d'Alain Juillet est de coordonner les différentes politiques d'IE des ministères. Je serai donc son interlocuteur central pour le MINEFI. Je devrais avoir prochainement des homologues dans les autres ministères."
RIE a comparé les décisions de nomination tant d'Alain Juillet que de François Asselineau. Force est de constater que les missions sont différentes et que les zones de conflit sont inexistantes. Seules joueront les personnalités de l'un et de l'autre qui sont très différentes.
Quels sont les moyens de son service ?
François Asselineau est encore seul pour le moment mais plusieurs cadres de niveau A, déjà choisis, vont le rejoindre dès le début janvier et la structure qu'il anime devrait atteindre une quinzaine de personnes dans le courant du printemps prochain.
RIE lui souhaite bonne chance dans cette mission aux frontières de l'IE traditionnelle.
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